Crash silencieux sur la place de financière d'Abidjan

 

oumar deme cgf bourse

 

Année maussade pour la Bourse régionale des valeurs mobilières d’Abidjan, qui a reculé de 25%, analyse Oumar Deme, directeur marketing et communication de CGF Bourse.

 

Les Afriques : Quel est le bilan, en 2009, de la BRVM ?

Oumar Dème : La BRVM a connu, en 2009, un net recul sur ses principaux indicateurs. Les indices BRVM 10 et BRVM Composite enregistrent, respectivement, une chute annuelle de 25,24% à 143,6 points et 25,89% à 132,05 points. Elle a été impactée par d’importantes moins-values sur la quasi-totalité des valeurs cotées. Sur les 39 sociétés listées en 2009, 31 ont subi une baisse significative, à l’image de SMB CI (-63,83%), TRITURAF CI (-63,64%), ETI (-58,95%), FILTISAC CI (-56,53%), SAPH CI (-49,95%). La capitalisation boursière a ainsi régressé de 15,85% à 2807 milliards de FCFA contre 3336 milliards de FCFA, en fin 2008.

Oumar Deme : « La crise financière internationale a impacté négativement l’activité des fonds (qui) ont reconsidéré leurs stratégies de placement et débouclé certaines de leurs positions pour reconstituer leurs liquidités. »

La BRVM a aussi enregistré moins d’échanges qu’en 2008. Le volume des transactions s’établit à 28,06 millions de titres, contre 33,35 millions en 2008, soit une baisse de 15,86%. Echanges dominés par l’action ETI (Ecobank), qui totalise 26,3 millions de titres négociés, soit 93,73%. Cependant, du fait de la faiblesse du cours du titre, cela ne représente que 2,59% (1,63 milliard FCFA) de la valeur totale des transactions annuelles (62,89 milliards FCFA).

SONATEL SN demeure la valeur phare de la BRVM, malgré la baisse annuelle de son cours de 7,69%, à 120 000 FCFA, au 31 décembre 2009. La valeur des échanges sur l’action représente, à elle seule, 63,54% (39,96 milliards FCFA) de la valeur totale des échanges annuels du marché. Elle a décidé de distribuer, pour le compte de l’exercice 2009, un dividende net de 12 150 FCFA par action.

 

LA : Qu’est-ce qui explique ces mauvais résultats de la BRVM ?

OD : La crise financière internationale a impacté négativement l’activité des fonds d’investissement étrangers, qui tiraient principalement les titres, notamment SONATEL SN. Ces fonds ont reconsidéré leurs stratégies de placement et débouclé certaines de leurs positions pour reconstituer leurs liquidités. La baisse des cours des matières premières a aussi affecté fortement certaines sociétés exportatrices de la BRVM, en particulier celles du secteur agriculture, notamment productrices d’hévéas et d’huile de palme. En outre, la BRVM a été également affectée par le caractère peu liquide de certaines valeurs, comme SONATEL SN ou SOLIBRA CI, devenues trop chères et peu accessibles au grand public.

 

LA : Comment s’est comportée la BRVM comparativement aux autres bourses africaines ?

OD : La BRVM se classe parmi les trois dernières, en compagnie de la Bourse du Ghana et de celle du Nigéria. L’indice GHANA All share index affiche une baisse annuelle de 46,58%, tandis que le NGSE All share index a chuté de 33,58%. C’est la Bourse de Tunisie qui offre la meilleure performance africaine. Son indice de référence, le TUINDEX, enregistre un bond annuel de 48,4%, au 31 décembre 2009.

LA : Comment apprécier son bilan par rapport aux tendances boursières mondiales ?

OD : La BRVM est loin des performances des places internationales. Le MSCI World présente, au terme de l’année 2009, une hausse annuelle de 28%. Rappelons que le MSCI World est un indice boursier élaboré par Morgan Stanley Capital International et mesurant la performance des marchés boursiers de pays économiquement développés. En Amérique, l’Argentine (MERVAL) et le Pérou (IGBVL) présentent des bonds substantiels de 114,95% et 100,99%, respectivement. Au Proche et Moyen-Orient, la Bourse de Turquie (ISE 30) s’apprécie de 91,39%, tandis que celle de Bahreïn (BHSE) perd 19,16%. C’est en Asie et en Russie qu’on déniche la meilleure performance mondiale, avec l’indice RTS qui affiche une forte progression de 128,62%.

 

LA : Comment entrevoyez-vous 2010 pour la BRVM ?

OD : L’année 2010 devrait consacrer le retour des investisseurs, en particulier les fonds d’investissement étrangers, suite à la reprise, bien que timide, de l’économie mondiale. Ces institutionnels seront attirés, à nouveau, par les rendements offerts par notre place. Par ailleurs, la BRVM envisage le changement de son logiciel de cotation, pour mieux se conformer aux standards internationaux. Plusieurs mesures peuvent permettre de rendre plus dynamique la BRVM. D’abord, rendre plus liquides les principales valeurs. Ensuite, réviser l’acte uniforme (OHADA), qui fixe à 10 000 FCFA le minimum exigé pour la valeur nominale des actions des sociétés anonymes. Cette révision permettrait de spliter (fractionner) la plupart des titres devenus trop chers.

Il convient ensuite d’accélérer le processus d’harmonisation de la fiscalité sur les valeurs mobilières, qui, à l’état actuel, crée, sur une même opération ou sur les mêmes produits, de fortes disparités entre les investisseurs d’un même espace économique et monétaire (UEMOA).

Par ailleurs, il serait judicieux de mettre en place un régime fiscal incitatif pour encourager nos entreprises à se faire coter. Les Etats devraient davantage offrir un abattement fiscal sur l’IS, pendant une certaine période, comme cela a été le cas au Maroc ou en Tunisie.

En outre, il convient d’intensifier la création et la promotion des OPCVM (Organisme de placement collectifs en valeurs mobilières) en termes de FCP (Fonds communs de placement) et de SICAV (Sociétés d’investissement en capital variable), en vue d’offrir aux publics investisseurs des produits de placement diversifiés.

La BRVM ne saurait se développer sans la cotation des grandes entreprises de la région, comme les Etats s’y étaient engagés. Onze ans après, sur 38 sociétés cotées, 34 sont ivoiriennes.

 

Source: lesafriques.com

 
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